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11/22/2020

Les gens qu'on aime #15



Quelqu’un qu’on n’a fréquenté que peu de temps...mais qui a beaucoup compté pour nous


Finalement je ne l'ai "fréquentée" que le temps d'une année scolaire, mais son influence a été si grande, elle a tellement compté pour moi que j'ai l'impression qu'elle a accompagné tout ma vie!

C'était l'année scolaire 1964/1965, je venais d'entrer en Terminale Philo dans la terminologie de l'époque. Nous étions quarante deux élèves, toutes des filles bien sûr, il n'y avait pas encore de mixité dans le Secondaire. Je revois cette salle de classe lumineuse dans laquelle il avait fallu rajouter des chaises, certaines élèves étaient assises sur l'estrade et écrivaient sur leurs genoux, faute de place.
J'avais été soulagée lorsque j'avais appris que je n'aurais pas comme prof celle qui enseignait depuis très longtemps dans l'établissement, était célèbre pour sa participation à la Résistance mais redoutée de toutes à cause de sa sévérité.
Celle qui avait été assignée à notre classe était jeune, c'était son premier poste, Huguette Bouchardeau avait déjà acquis une aura particulière, elle faisait l'unanimité auprès des élèves mais suscitait la méfiance chez les parents. Nous ignorions alors que plus tard, elle deviendrait ministre!

Nous étions toutes à des degrés divers le produit d'un système éducatif rigoureux et traditionnel, quand il n'était pas fortement imprégné de religion. J'avais, pour ma part, la chance d'avoir des parents beaucoup plus larges d'esprit que ceux de la plupart de mes camarades. Il n'en restait pas moins que, comme elles, j'étais extrêmement ignorante des réalités de la vie. A cela s'ajoutait le fait que nous étions relativement nombreuses à être de deux ans plus jeunes que les élèves d'aujourd'hui, ainsi j'étais entrée en classe de Terminale à l'âge de seize ans. Il y a une explication toute simple à cela: l'école maternelle n'existait pas aussi on entrait en classe de 11ème (l'équivalent de notre CP) dès l'âge de cinq ans si l'on savait lire.

Très jeunes, naïves, sans expérience aucune, n'ayant jamais eu à penser par nous mêmes, nous nous retrouvions face à une jeune femme passionnée, extrêmement intelligente, engagée politiquement et qui commença par nous proposer une série d'exposés qui nous confrontaient à des problématiques dont nous ignorions tout.

C'est ainsi que, au soir de ce premier jour de classe, je rentrais chez moi en annonçant à mes parents que j'avais un exposé à préparer sur la contraception et le planning familial!
Jamais elle n'ironisait sur notre candeur, elle était attentive à toute remarque, à toute question, son enseignement était lumineux. Je découvris pêle-mêle Platon, la maïeutique, Paul Klee, Kafka, l'existentialisme, Simone de Beauvoir. J'étais une véritable éponge. La philo fut une révélation pour moi mais au-delà, je découvris que je pouvais penser par moi-même, et que ce que je pensais pouvait être entendu et crédible.

Huguette Bouchardeau animait le club-théâtre du lycée ouvert aux élèves de Première et de Terminales. Après beaucoup d'hésitations j'avais enfin osé m'y inscrire. J'assistais tous les ans à la représentation de fin d'année mais c'était pour moi un cénacle qui me semblait inaccessible.
Elle nous proposa de travailler sur Boris Vian et de préparer un spectacle qui comporterait en première partie sa pièce "Les Bâtisseurs d'Empire" et en seconde partie la mise en jeu de ses poèmes. C'est à moi que revint la mise en scène de la pièce.
Comme chaque année se posa le problème des rôles masculins, elle contournait habituellement le problème en choisissant des pièces comportant une large majorité de personnages féminins mais cette fois-ci cela paraissait inconcevable. Elle entreprit alors de faire le siège de la Directrice du Lycée pour obtenir que des élèves soigneusement choisis par le Proviseur du lycée de garçons Claude Fauriel puissent participer au projet. Elle obtint satisfaction à la condition expresse que les répétitions n'aient pas lieu au lycée. Pas question de faire entrer les loups dans la bergerie! Et que diraient les parents?

Alors pendant un an, tous les vendredis après le dernier cours, je montais sur la colline de la Vivaraize où elle habitait et nous y retrouvions les garçons de Fauriel. Les répétitions se passaient dans son garage, son mari mettait la main à la pâte pour les décors et nous étions éblouies d'être ainsi immergées dans son univers familial intime. A huit heures et demie le soir je redescendais savourant cette parenthèse magique.
Le spectacle fut donné deux soirs de suite au mois de mai dans une salle de la ville et nous eûmes les honneurs du journal. De cette expérience naîtra mon amour du théâtre. Pendant toute ma carrière je ferai du théâtre avec mes élèves, essayant toujours de faire jaillir de cette expérience partagée des étincelles de créativité, l'oubli des regards critiques, l'acceptation de son corps et l'envie de se dépasser.

Durant cette année de terminale, j'eus vraiment la sensation de naître à moi-même, de commencer à exister pour ce que je pensais, ce en quoi je croyais et ce sentiment ne me quitta jamais, c'est son enseignement qui m'apprit véritablement à avoir confiance en moi.
L'été elle proposait aux élèves qui le désiraient de venir avec elle passer un mois dans un kibboutz en Israël: cela me paraissait un rêve absolu, la porte ouverte sur la vie pour nous qui allions quitter le lycée. La réponse de mes parents fut sans appel et je ressentis une amère jalousie à l'égard du petit groupe privilégié(bien peu de parents donnait la fameuse autorisation!) qui allait vivre cette aventure.

En 1970 elle quitta le lycée et devint assistante puis maître de conférence à Lyon, en Sciences de l'Éducation, elle y resta jusqu'en 1983. En 81 ou 82 je m'inscrivis pour suivre en auditrice libre une série de cours. C'est là que je la retrouvai et le plus beau cadeau qu'elle me fit fut de se souvenir de moi et de cette année-là! Nous nous rencontrâmes plusieurs fois autour d'un café ou d'un verre après les cours. Elle n'avait rien perdu de ses convictions et de son enthousiasme.

Huguette_Bouchardeau_200x240.jpg, nov. 2020

11/20/2020

Les gens qu'on aime #14


Quelqu’un qu’on a admiré

Nous nous connaissions, Sylvie et moi, depuis l'école primaire. Nous avions partagé des jeux, des copinages, des fêtes d'anniversaire. L'entrée en Sixième nous avait séparées même si nous fréquentions le même lycée, mais plus la même classe.

Nous nous sommes retrouvées en classe de troisième. Comme nous habitions dans le même quartier, nous avions pris l'habitude de nous retrouver vers sept heures pour monter au lycée à pied ensemble, ce qui représentait une grosse demi-heure. Le soir, à dix-huit heures, après les cours, nous redescendions par le même chemin, un circuit effectué de nuit pendant tout l'hiver, par un itinéraire qui n'était pas très rassurant.
Jusqu'à la "Maison sans escalier", bâtiment art déco sur lequel s'achevait la rue Désiré Claude, nous longions des immeubles, mais ensuite il nous fallait traverser la voie ferrée de la ligne Saint-Etienne /Le Puy, au milieu de terrains vagues, puis nous rejoignions la rue du Mont sans croiser âme qui vive, petits ateliers en planches, friches encombrées de ferraille, nous prenions ensuite la rue de l'Égalerie, croisions la rue des Verriers, la rue de la Lithographie, bordées d'usines, pour arriver rue Buffon où se situait le lycée.
Ces trajets quotidiens faisaient notre bonheur, ils ouvraient une parenthèse sur un monde qui nous était totalement inconnu. A l'aller nous appartenions encore un peu à la sphère familiale. Le chocolat du matin, le souvenir fugitif d'un rêve, la chaleur de l'appartement que nous emportions dans nos vêtements nous enveloppaient, nous nous repassions en tête les leçons, nous parlions peu. Mais, au retour, nous jacassions comme des pies, revenant inlassablement sur les événements de la journée.

C'est au cours de ces marches quotidiennes que nous avons appris à nous connaître, à nous découvrir des centres d'intérêt communs, des enthousiasmes partagés.
J'admirais Sylvie sans réserve, totalement. Elle me semblait tellement plus mature que moi, avait toujours des histoires passionnantes à raconter. Il me semblait que sa vie était exaltante, faite de rencontres, de découvertes à côté desquelles mon existence paraissait bien fade! Je m'étonnais sans cesse qu'elle puisse trouver de l'intérêt à nos conversations, un relief quelconque à ma personne!

Se forgea ainsi entre nous une amitié qui dura trois ans. L'annonce de son départ à la fin de l'année de Première, son père ayant été muté dans la région parisienne me désespéra.
Commença alors entre nous une correspondance assidue qui était la prolongation de nos discussions d'avant. L'année de Terminale, et surtout la découverte de la philosophie avait ouvert pour nous la voie à d'autres enthousiasmes, de nouveaux emballements dont nos lettres interminables se faisaient le reflet. Tout était prétexte à la confrontation de nos points de vue: l'art, la religion, l'actualité. Tout y passait.
Je me souviens d'un échange de lettres consacrées à la beauté des chantiers et de leurs grues!

Sylvie était passionnée par le cinéma, elle avait déjà arrêté son orientation future: elle ferait l'IDHEC, l'Institut des Hautes Études Cinématographiques, le Graal de ceux qui voulaient devenir cinéastes. Ses parents lui avaient offert une caméra et elle m'envoyait ses idées de scénarios...


sylvie.jpg, nov. 2020

Cette détermination, la certitude de son choix, l'ampleur des ambitions, tout cela me donnait l'impression d'être bien falote et quelconque, moi qui n'avait aucune idée de l'avenir dont je voulais.
Avec l'entrée en fac, nos échanges s'espacèrent un peu, il me semblait qu'elle suivait son chemin sans dévier d'un pouce lorsque j'avais finalement renoncé à la philo, que j'avais eu du mal à rebondir et que je commençais enfin à trouver ma place. Puis je n'eus plus de nouvelles.

En 1971, quelques semaines avant les vacances de Pâques, elle m'appela au téléphone. Elle avait finalement renoncé à l'école de cinéma, avait poursuivi les études de Philo qu'elle avait entamées dans l'attente du concours de l'IDHEC et enseignait maintenant dans un établissement privé. Elle projetait un séjour dans la région de Cluny avec quelques copains, elle serait contente que je me joigne à eux.

C'est ainsi que je découvris la communauté de Taizé. Dans la foulée de 1968, de très nombreux jeunes se retrouvaient à Taizé , dans cet espace œcuménique qui se voulait lieu de fraternité et d'échanges. Cette année là eut lieu pour Pâque le premier Concile de jeunes. Nous nous retrouvions dans cette idée de dépasser les religions pour adhérer à une morale et à un idéal refusant les attitudes dogmatiques.
Ce séjour fut le point d'orgue de notre amitié, nous avions retrouvé les élans idéalistes qui avaient marqué nos années de lycée.

Nous avons ensuite été toutes les deux aspirées par la réalité d'une vie faite de hauts et de bas, pas toujours conforme à ce que nous avions espéré. J'espère vraiment qu'elle a pu, comme je pense l'avoir fait , rester fidèle à ses convictions et à ses aspirations.

taize_1.jpg, nov. 2020

taize_0.jpg, nov. 2020

11/08/2020

Les gens qu'on aime#4

quelqu’un qui a changé le cours de notre vie


Mademoiselle Tavernier avait été mon professeur de français en Seconde et Première. Les élèves du lycée, toutes des filles -non mixité oblige à cette époque- l'avaient surnommée "Tatave", c'était, contrairement à ce que l'on pourrait penser, un surnom affectueux car elle faisait l'unanimité auprès de la communauté scolaire.
Elle était lourdement handicapée, se déplaçait difficilement, devait beaucoup souffrir, mais elle avait l'optimisme et le sourire chevillés au corps. Rigoureuse et sévère, elle était néanmoins empreinte d'une grande humanité, avait le sens de la justice et désirait avant tout la réussite de ses élèves.
Après mon baccalauréat, j'avais d'abord effectué à Saint-Etienne l'année initiatique de Propédeutique. Mes parents souhaitaient alors que je me présente aux IPES qui permettaient aux étudiants admis d'être rémunérés pendant la durée de leurs études, d'être dispensés de l'écrit du CAPES, en échange de quoi ils s'engageaient pour 10 ans à servir l'Education Nationale.
J'avais refusé tout net. Je ne voulais pas entendre parler d'engagement, je voulais encore moins être prof et de toute façon j'avais décidé d'intégrer la faculté de philosophie dont l'aboutissement me semblait devoir être naturellement la recherche. Nous étions naïves, nous ignorions tout de la réalité professionnelle, en un mot de la vie!
Mes parents ont toujours respecté mes choix; je m'inscrivis donc à la faculté de philo de Lyon.
J'avais toujours gardé des relations privilégiées avec "Tatave" avec qui j'échangeais épisodiquement des lettres. Mais nous ne nous étions pas revues.
L'année 66-67, dans la capitale lyonnaise se révéla un calvaire à tous égards.

Il y eut d'abord l'exaltation, les livres neufs des éditions P.U.F. que je couvrais de papier cristal et que j'annotais d'une écriture serrée au crayon papier, la vénération quasi religieuse avec laquelle j'assistais aux cours de Gilles Deleuze, de François Dagognet , les efforts désespérés auxquels je me livrais pour capter le maximum du discours, pour ne rien oublier, toutes les phrases me semblant primordiales, les moments passés dans la bibliothèque, le cœur véritable de la fac, avec ses règles draconiennes, ses places réservées, son silence absolu. Le temps s'y arrêtait. Jusqu'à la fin de l'année, ce fut le lieu où je finissais toujours par me réfugier dans les moments difficiles de doute et de découragement. J'étais très isolée et cela rajoutait à la sensation que chaque jour je perdais davantage pied; l'hiver arrivant, l'atmosphère était de plus en plus pesante au foyer religieux où je logeais, les trajets matin et soir étaient interminables, l'angoisse me saisissait au moment de me coucher et les cloches de Fourvière sonnaient lugubrement.

En quatre mois je ne m'étais fait aucun camarade, je n'osais pas solliciter d'exposé tant j'étais impressionnée par l'assurance des étudiants, nettement plus âgés que moi qui m'entouraient, parmi lesquels le nombre de garçons était nettement supérieur à celui des filles. En février 1967, j'avais eu 19 ans.
Le coup de grâce vint un après-midi d'avril lorsque l'un de nos professeurs nous remit les copies d'un de nos rares devoirs. Il recevait chaque étudiant un à un pour lui commenter son travail. Nous étions dans une petite salle de Travaux Dirigés, assis chacun d'un côté du bureau, les feuilles des arbres à l'extérieur dansaient dans un pâle soleil. La copie couverte de mon écriture penchée et serrée était posée sur la table, face retournée. Il commença par ces mots: "Vous sortez de l'école du Sacré Cœur, Mademoiselle?" La question qui se voulait insultante n'appelait pas la moindre réponse. Il ne me donna pas la note exécrable qu'il m'avait attribuée, ne fit aucun commentaire sur mon travail, il conclut simplement l'entretien par ces mots sans appel:
"- Vous avez quel âge?
- 19 ans…
- 19 ans, oui…eh bien, prenez votre temps, faites autre chose, vous reviendrez quand vous aurez l'âge…Au revoir!"
Je ne remis plus les pieds à la faculté, déménageai mes rares affaires et rentrai à Saint-Etienne sans fournir d'explication. Avec cette seule phrase assénée à mes parents: "J'arrête mes études."

Deux mois s'écoulèrent, les tentatives de mes parents pour obtenir au moins une discussion échouèrent. Je ne faisais plus rien de mes journées, j'avais coupé tout contact avec mes amis.
J'ai totalement oublié la raison pour laquelle, un matin, j'ai pris le téléphone et appelé "Tatave" pour lui demander si elle accepterait de me recevoir et je la retrouvai le lendemain dans son appartement, fidèle à elle-même, tendue dans l'écoute de ce que j'avais à lui confier. A elle je racontai tout et lui annonçai ma décision de ne plus continuer mes études.
Elle s'était levée pour mettre un disque, avait laissé passer quelque temps sans rien dire. Nous étions presque bien dans cette absence de mots, enveloppées par la musique. Je la regardais en me demandant ce qu'avait été son parcours, comment s'étaient déroulées ses études compte tenu de ses problèmes de santé, quel regard portaient les autres étudiants ou professeurs sur elle...
Au bout d'un moment, elle me dit: "Annie, vous aimiez beaucoup le français et le latin, n'est-ce pas. Cela ne vous manque-t-il pas? Vous y réussissiez particulièrement si je me souviens..."

En septembre je retrouvais les amphis de la faculté de Lettres de Saint-Etienne et toute ma vie de professeur, pendant laquelle pas une seule fois je me suis levée sans avoir envie d'aller retrouver mes élèves, j'ai gardé en moi le souvenir de "Tatave".


bureau_irigny.jpg, nov. 2020
Mon bureau là où j'habitais lorsque j'étais encore en exercice

11/06/2020

Les gens qu'on aime #2

Quelqu’un avec qui on a voyagé...

algerie.jpg, nov. 2020

En 1973 j'étais en poste dans un lycée, à l'extrême nord de la Loire.
Un nouveau principal avait pris ses fonctions cette année-là, son débonnaire prédécesseur, parti en retraite, avait fait preuve envers moi d'une grande bienveillance teintée de scepticisme face aux méthodes de travail que je mettais en œuvre et à mes idéaux pédagogiques.

Très vite s'instaura entre le nouveau-venu et moi, le matheux et la prof de français, une connivence et une complémentarité dans le travail. Nous avions constitué une petite équipe fédérée autour de projets communs et nous nous réunissions le soir dans son appartement de fonction pour d'interminables échanges. C'était un ancien "coopérant" qui avait exercé de nombreuses années en Algérie et en gardait une profonde nostalgie. L'Algérie était partout chez lui: dans les vanneries sur les meubles, dans les poteries teintées d'ocre et de rose, dans les lourdes couvertures en poil de chameau et dans l'odeur entêtante de l'encens qui brûlait en permanence.

Le projet naquit un soir de printemps: pourquoi ne pas y aller pendant les grandes vacances, atteindre avec lui le Graal qui s'était sans cesse dérobé à lui quand il habitait là-bas: rejoindre Tamanrasset, au bout de la piste qui traversait le Hoggar?
P. exerçait sur toute personne qui l'approchait un magnétisme qui entraînait une profonde détestation ou une adhésion sans faille; il était intransigeant, sec et sans empathie aucune, mais il donnait l'impression que rien n'était inatteignable et savait entretenir la flamme.
Le départ fut donc décidé, nous serions trois avec une collègue de français.
Le voyage... il était désormais au cœur de l'existence quotidienne, mot magique qui redonnait du courage les jours où la vie se faisait trop terne ou trop lourde, qui habillait de rêve l'univers trop étroit de la petite ville. Journaux, photographies, cartes...L'imagination traversait facilement la Méditerranée. On répétait, on organisait, on récapitulait...Cela donnait l'illusion de faire avancer le temps et, au fur et à mesure des rencontres que prétextaient les préparatifs, se concrétisait davantage l'idée de départ.

"Raconte... " L'attente se nourrissait de souvenirs et de mystère, toujours limitée par un "Si" superstitieux. On jouait l'inquiétude, on inventait des problèmes, chaque jour était déjà un départ. Mais lorsque nous quitterions véritablement la France cette belle insouciance nous abandonnerait, peut-être parce que alors chacun aurait conscience d'entamer son propre voyage intérieur et que seuls nous auraient été communs la préparation et le rêve.

Le voyage dura six semaines, six semaines pendant lesquelles nous ne fûmes pas trois, mais trois fois un, juxtaposés dans notre quête personnelle; je n'ai pas le souvenir de véritables échanges entre nous, aucun de nous ne se dévoila véritablement aux deux autres, mais nous étions liés par les sensations et les émotions partagées, immergés tous les trois dans ce pays qui revêtait des significations bien différentes pour chacun.

Dans le jardin d'une maison de Ghardaïa où nous avait accueillis un ami de P., au milieu de la palmeraie, les tapis avaient été étendus sur la terrasse où les torches électriques jetaient un éclairage dansant. L'ombre des arbres resserrait le jardin autour des musiciens et des convives. Le temps se décomposait en milliers de parcelles vivantes dont chacune reflétait une note de musique ou un pas de danse. La réalité se dissolvait, plus rien n'existait que les reflets mouvants de la lumière dans les feuillages, que l'ombre mystérieuse des murs de la maison. Heures légères, où le couscous servi dans le grand plat de bois poli par l'usage, le rythme lancinant des darboukas et de la flûte , le balancement de la danse tissaient un lien entre les hommes , abolissant le temps et l'espace. La nuit sembla durer toute l'éternité.

Dans le jardin silencieux P. m'avait redit la leçon du désert, celle de l'Afrique toute entière:
"Laisse de côté les problèmes personnels, tu es là pour vivre le voyage, pour sentir, pour regarder, pour découvrir..."
C'est une leçon dure à assimiler pour l'occidental que celle imposée par le temps africain, par la sagesse arabe, une sagesse qui ne doit rien à la réflexion et à la pensée, mais qui naît du rythme du soleil et de la vie. L'Afrique est une terre où toutes les valeurs connues basculent.

L'année scolaire suivant je fus affectée dans un autre établissement, je perdis de vue P. qui n'était pas homme à s'attarder sur les êtres de passage.
Mais, instigateur de ce voyage, il joua un rôle déterminant dans le parcours qui a été le mien.

07/11/2020

Veilleur



chateau.jpg, juil. 2020


Le château est un peu sombre, mais je n'ai pas retouché car c'étaient les bleus qui m'intéressaient...

07/09/2020

Légèreté



plume.jpg, juil. 2020


Plume légère de goéland ou de mouette, tombée sur le sentier sur la lande...

06/26/2020

Suède 2019 #10


sundborn_4.jpg, juin 2020


Sundborn, à côté de la ville de Falun, au sud est de la Dalécarlie, là où se trouve la maison du peintre Carl Larsson, ami de Monet, qui a séjourné aux bords de l'Oise...
les alentours de sa maison évoquent beaucoup l'atmosphère impressionniste! Il est surtout célèbre pour ses illustrations qui témoignent de la vie et des intérieurs suédois à la fin du XIXème


sundborn_6.jpg, juin 2020


sundborn_8.jpg, juin 2020


06/16/2020

Suède 2019 #9


main_cailloux.jpg, mai 2020


En Dalécarlie j'ai visité de nombreuses églises souvent très surprenantes et leur cimetière attenant.
Il est difficile de se retrouver dans les différentes branches de la communauté religieuse suédoise et je ne me risquerai pas à expliquer les formes très variées des manifestations cultuelles!
Finalement, seule compte l'impression générale qui se dégage de ces lieux extrêmement calmes, nichés au cœur de clairières ou implantés sur des collines dominant un lac.
Des églises blanches, à la fois dehors et dedans, à côté desquelles se dresse toujours une tour en bois sombre ou rouge, sorte de clocher d'où partait autrefois l'alerte au feu. Des cimetières parfaitement entretenus, ombragés et fleuris (beaucoup de lilas), des pierres plantées au ras de l'herbe, des hommages surprenants parfois.


rattvik1.jpg, juin 2020

le cimetière et l'église de Rättvik

vika_6.jpg, juin 2020
la "tour de feu" de Vika

06/08/2020

Tanum...

Je ne peux pas résister à l'envie de montrer d'autres images de ce site d'histoire à ciel ouvert!


tanum_1.jpg, juin 2020


tanum_2.jpg, juin 2020

tanum_3.jpg, juin 2020

Celle-ci, c'est "l'homme de Tanum", à la taille impressionnante, gravé sur une immense pierre dans une clairière. C'est sans doute la plus récente (si l'on peut dire!") des gravures.

06/07/2020

Suède 2019 #4


tanum_5.jpg, mai 2020
En quittant le Bohuslan, je suis montée le long de la côte Ouest jusqu'à Tanum, un site archéologique extraordinaire, proche de la frontière norvégienne. En plein air on découvre des dalles de granite couvertes de gravures rupestres représentant des scènes de chasse, des embarcations, des personnages et animaux datant de l'âge du bronze (entre 1800 et 500 avant J.C.), certaines sans doute un peu plus récentes (- 300). Les archéologues les ont soulignées d'une peinture rouge à base de cuivre afin de les rendre plus lisibles.
Ces gravures sont au nombre de 10 000 environ sur l'ensemble du site.

09/29/2018

Saint-Jacques

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Clichés pris le 08 septembre 2018

09/23/2018

Drôles de frimousses

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Beaulieu-sur-Dordogne, le 07 septembre 2018

09/18/2018

Traces cisterciennes

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le pavement du logement des moines et l'escalier qui mène directement à l'église, abbaye d'Aubazine clichés pris le 06/09/2018

09/17/2018

Numéro 5

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Je n'ai jamais été une fanatique du Numéro 5 de Chanel, trop capiteux à mon goût, mais au détour de la visite du monastère d'Aubazine, j'ai appris qu'à l'époque où il avait été reconverti en orphelinat, il avait accueilli celle qui allait devenir Coco Chanel et que la signification du sigle de la maison Chanel se trouvait dans le motif des vitraux cisterciens, vitraux dits "grisés" car ne recevant aucune couleur ni motif figuratif. Les vitraux d'Aubazine représentent les entrelacs qui ont inspiré Coco Chanel!

08/10/2017

D'ocre et de vert

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08/02/2017

Amable Cadou

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Cette tombe est la plus ancienne de l'île, dans le cimetière du bourg. C'est celle d'Amable Cadou, figure haute en couleurs de l’île:
Amable Cadou devient curé de Saint-Sauveur de l’île d’Yeu, en mai 1780 et Procureur de la commune en 1789 et 1790. Il entre en conflit avec la municipalité révolutionnaire en 1791 et se heurte à la "révolte des femmes" de janvier 1792. Il prononce le Serment de liberté et égalité le 26 octobre 1792. Il abdique sa foi et se marie le en 1793 avec Thérèse Raballand, 28 ans, fille d’un capitaine de navire et receveur des droits, ancien procureur fiscal et adjoint du gouverneur. Emprisonné par les Anglais, lors de l’occupation de l’île, en septembre 1795, puis emmené en Angleterre, en décembre, il revient sur l'île en juin 1796.
Il devient Maire, puis Juge de Paix de l’île. En juin 1803, il sollicite sa réintégration au sein de l’Église, qui lui est accordée par le cardinal Caprara, Légat du Pape. Il meurt le 10 mars 1810.

07/28/2017

Un jardin pour l'éternité

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cimetière de Saint-Sauveur

07/23/2017

Pierre à cupule

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pierre à cupule (archéologie: creux circulaire fait par l'homme à la surface d'une dalle ou d'un roche)

07/19/2017

Sentinelle

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07/07/2017

Sequana

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Lors de la Fête de la Mer, fin mai, a été inauguré un monument commandé au sculpteur Arnaud Kasper, destiné à honorer la mémoire des 198 tirailleurs sénégalais morts pour la France à bord du Sequana, torpillé par un sous-marin allemand en juin 1917.

Le monument a été érigé chemin de la Couranne, entre les Vieilles et la Pointe des Corbeaux:

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L'arrière de la sculpture recèle des trésors:
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Le célèbre "homme-poisson de Kasper:
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