Empreintes fugitives

Les gens qu'on aime #21



J'ai bien aimé ce jeu, mais il a été stressant et puis je n'ai plus d'inspiration!

Pour finir en forme de pirouette:

Quelqu'un qui aime les animaux,
mais Qui aime aussi aider autrui
est Quelqu'un de très intelligent.
Quelqu'un qui n'a peur de rien
malgré Une vie compliquée et difficile est certes
Quelqu'un à propos de qui on devrait écrire un livre.
J'en connais certainement un ou une,
c'est peut-être Quelqu'un qui est un.e voisin.e,
c'est peut-être Quelqu'un avec qui j'ai passé du temps dans un chouette endroit,
peut-être Quelqu'un à qui j'ai enseigné quelque chose;
c'est sans doute Quelqu'un qui est mort et qui me manque…
en tout cas c'est Quelqu'un dont je ne me souviens plus du nom.

Tu as une remarque à faire, Lennon?
lennon_1.jpg, nov. 2020

Tu as raison, je suis feignante!

Les gens qu'on aime #20



Quelqu’un qui avait les cheveux noirs


J'ai découvert Barbara en 1965, en même temps que Jacques Brel; Brassens, je l'écoutais depuis longtemps, mes parents possédant la plupart de ses disques.

Je connaissais ses chansons par cœur, je les chantais indéfiniment (lorsque j'étais seule car mon entourage m'a toujours dit et répété que je chantais faux, du coup je n'ai jamais osé m'inscrire à une chorale!)

Mes goûts en matière de chanson, qu'elle soit française ou étrangère n'ont jamais changé.
Je vibre toujours de la même façon aux accents de la "longue Dame brune".

Mais, ma préférée, parmi toutes ses chansons, qui a une valeur de symbole, c'est "Pierre".

Les gens qu'on aime #19



Quelqu’un qu’on a aimé mais qui ne nous aimait pas en retour

Tout le monde y croyait autour de nous, gamins que nous étions!
Michel, je le connaissais depuis que j'étais toute petite, sa mère était une amie de très longue date de la mienne, leur amitié avait triomphé des années de guerre, de leur mariage à toutes deux, de l'arrivée des enfants. Huguette avait un garçon et une fille.
Les deux couples se voyaient chaque semaine, tantôt dans l'appartement de mes parents, tantôt dans la maison de fonction dont bénéficiait le mari d'Huguette, Jean, ingénieur chez Creusot-Loire, un des fleurons de l'industrie métallurgique à cette époque.
Les aléas d'une mutation les obligèrent à quitter Saint-Etienne pendant plusieurs années qu'ils passèrent à Dunkerque, puis ils revinrent à Firminy où Jean était monté en grade. Les deux familles se retrouvèrent comme si quelques mois seulement s'étaient écoulés. Nous les enfants, étions désormais au lycée et nous apprenions à nous redécouvrir.

Très vite une complicité s'installa entre Michel, leur fils, qui avait un an de plus que moi et qui aimait autant que moi les joutes verbales. Nous considérions alors sa sœur, de quelques années plus jeune, comme une gamine, et nous nous débrouillions toujours pour l'abandonner à ses jeux et nous éclipser pour faire une partie d'échecs ou bavarder, dans le bureau de leur père qui nous servait de refuge.
Je m'entendais très bien avec Huguette, je craignais davantage Jean, plus intimidant; tous les deux m'aimaient beaucoup et m'invitaient très souvent chez eux.
De visite en repas partagé, de week-end chez mes parents à la campagne en rencontre avec leurs amis communs, Michel et moi passions de plus en plus de temps ensemble.

Michel avait suivi le cycle des classes préparatoires, avait été admis au concours de l'École des Mines, suivant ainsi les traces de son père, j'étais admirative et très fière qu'il m'ait conservée dans son cercle d'amis.
Deux ans de suite - que personne ne rie, s'il vous plaît!- je fus conviée au traditionnel Bal de l'École des Mines, les demoiselles en robe longue, les jeunes gens en tenue militaire!
Les parents de Michel voyaient avec complaisance cette relation qui n'en n'était pas une: je ne crois pas qu'on ait abordé, une fois, Michel et moi des sujets qui nous tenaient à cœur en dehors de nos études et de goûts littéraires ou cinématographiques.
Sa mère surtout, me traitait de plus en plus ouvertement comme la belle-fille qu'elle aurait aimé avoir, son père m'accueillait aussi comme faisant partie de la famille, mes parents évoquaient parfois à demi-mot la relation qui semblait s'établir entre nous.

Alors, je me mis à y penser, à y croire et surtout à croire que j'étais amoureuse de lui: ne me réservait-il pas une place privilégiée ? dans une soirée, dansait-il avec une autre que moi? Lui connaissais-je d'autres amitiés féminines?
Progressivement je me coulais dans le moule que ses parents semblaient façonner pour moi. Michel s'appliquait à reproduire en tous points la personnalité de son père, il avait programmé sa vie sur le modèle paternel, un poste à responsabilités dans l'industrie, une épouse à la maison, des enfants élevés dans le même esprit.

Nous avions organisé une fête pour la fin de l'année universitaire et les vingt ans de certains d'entre nous, nous nous étions retrouvés dans la maison familiale que mes parents avaient mise à notre disposition. Michel ne me quitta guère de la soirée à laquelle participait, parmi mes amies, Claude, que je connaissais depuis le lycée, fille de colonel, élevée par une mère au service exclusif de son mari. Claude, très réservée, n'avait guère quitté sa chaise, ne se mêlant pas à la joyeuse exubérance du groupe que nous formions.


Les vacances arrivèrent, puis septembre et la rentrée à la fac. La petite bande retrouva ses habitudes et ses activités, cinéma, théâtre, joyeuses rencontres .
Michel épousa Claude au début de l'année suivante, elle arrêta ses études, s'appliqua à être bonne cuisinière, bonne maîtresse de maison et plus tard (car je gardais d'excellentes relations avec ses parents jusqu'à la fin de leur vie) mère dévouée à sa progéniture.

Mon amour-propre avait été mis à mal par cette aventure mais je m'en étais très vite remise. De sentiment véritable il n'y en avait jamais eu. En fait, je crois seulement que j'aimais bien cette idée de me croire amoureuse et de croire cet amour payé de retour.
Il m'était impossible de construire ma vie avec quelqu'un comme Michel, il était aux antipodes de tout ce en quoi je croyais! Et j'étais tout sauf conforme à l'idée qu'il se faisait de la femme idéale!

Mais...j'avais vingt ans!
Je me marierai presque dix ans plus tard!

akene.jpg, nov. 2020

Les gens qu'on aime #18



Quelqu'un qu'on aurait dû écouter

avion.jpg, nov. 2020

J'ai commencé à travailler pendant mes études de Lettres, le soir et l'été - je l'ai déjà raconté- puis comme "maîtresse d'externat", c'était le terme consacré à l'époque pour désigner les surveillants. Il n'y avait pas de collège à ce moment-là et toutes les classes de la Sixième à la Terminale appartenaient au lycée.
J'entrai donc comme pionne dans un lycée stéphanois dont les locaux étaient répartis sur deux sites: l'un en plein centre ville, l'autre bien plus loin, dans un bâtiment qui abritait également la cantine. Mon rôle était d'accompagner les élèves du centre vers l'autre établissement où ils prenaient leur repas, de surveiller le temps de restauration, puis de les ramener.
Je n'eus pas longtemps à exercer ces fonctions, la directrice de l'établissement me convoqua début décembre pour me proposer le remplacement d'un professeur malade. De maîtresse d'externat, je fus promue à maîtresse auxiliaire! C'est ainsi que je fis mes premiers pas dans l'enseignement. A partir de là j'enchaînai les remplacements, dans le nord du département, à Roanne d'abord puis à Charlieu. Ces années d'apprentissage sur le tas furent déterminantes: j'eus d'abord la certitude que je ne m'étais pas trompée dans mon choix, j'expérimentai les avancées toutes neuves de 1968, je pouvais enfin mettre en pratique ma conception de l'enseignement et, forte de l'encouragement constitué par le fait que j'avais de bons retours des directeurs et collègues que je croisais, je m'y lançai à corps perdu.
C'est durant ces années que je soutins ma maîtrise, il me restait alors à affronter les concours pour devenir titulaire.

J'étais à Roanne, au Lycée Albert Thomas, où je remplaçais depuis novembre une professeure qui s'était tuée en voiture en rentrant d'un conseil de classe. Son mari enseignait dans le même établissement. Autant dire la difficulté des premiers jours, surtout qu'elle était adorée de ses élèves. Je crois que c'est le plus gros défi auquel j'ai été confrontée dans ma carrière. Ce fut une année dense et exaltante pendant laquelle je multipliais les activités avec les élèves.

J'eus droit alors à la terrible épreuve, pour tout débutant, de la visite de l'inspecteur. Nous n'étions pas prévenus bien sûr.
Au début d'un cours avec des élèves de Quatrième, la porte s'ouvrit brusquement et je vis entrer la directrice, accompagné d'un homme à l'air sévère qu'elle me présenta, ils allèrent s'installer au dernier rang, après avoir demandé quelques cahiers aux élèves.
Je m'étais d'abord sentie tétanisée. Puis j'avais tout oublié, le temps qu'il faisait dehors, les minutes qui venaient de s'écouler, les deux juges au fond de la classe. Le cours se déroula en dehors du temps comme si les élèves et moi étions en suspension à l'extérieur de toute réalité. Lorsque la cloche sonna la fin du cours, les élèves sortirent, ainsi que la directrice et je me retrouvai seule avec l'inspecteur.

Je n'ai pas oublié son nom, il s'appelait Monsieur Beaume. Il était accompagné d'une réputation de sévérité et d'exigence.
En fait de découvris un homme qui n'avait rien de hautain, qui écoutait autant qu'il parlait, qui n'avais perdu aucune minute du cours, avait remarqué les moindres détails de la réactivité des élèves, des échanges qui avaient ponctué la leçon. Je fus stupéfaite de découvrir qu'il avait apprécié ce qu'il avait vu et entendu et il ne me fit que quelques remarques constructives.(J'ai toujours gardé précieusement le rapport d'inspection qu'il avait rédigé).

A la fin de l'entretien, il me dit:" Vous êtes faite pour ce métier, à la fin de l'année, arrêtez les remplacements et consacrez-vous à la préparation du CAPES."
Je lui répondis que je ne pouvais pas m'interrompre, j'avais besoin de mes élèves, je voulais faire de la pédagogie avant tout. Il eut alors cette phrase: "Vous avez toute votre vie pour faire de la pédagogie, sachez être patiente."

Mais je n'étais pas capable de l'entendre alors, j'avais l'impression que, si je retournais à la pratique exclusive de mes études pour préparer les concours, je me couperais de tout ce qui faisait ma passion et le sens de mon travail.

Il avait raison Monsieur Beaume et j'aurais bien dû l'écouter! Mon entêtement me valut quelques années de galère, tributaire des nominations tardives, de l'incertitude générée chaque été par l'attente de l'hypothétique affectation, de la situation d'infériorité à laquelle condamnait le statut d'auxiliaire.
Heureusement je pus intégrer enfin le cours d'une carrière normale mais ce ne fut pas sans difficultés et mon parcours chaotique me colla longtemps à la peau!

bateau.jpg, nov. 2020

Les gens qu'on aime #16


C'est écrit, donc je publie...
Quelqu’un d’unique, original, ou un peu spécial

Dans le chemin Huron, sur mon île, j'habite au numéro 3, il habite au numéro 2, nos maisons sont juste séparées par le chemin.
Lorsque nous avons commencé à venir ici, en 1997, sa maison était occupée par des locataires, il était encore en activité et habitait en Normandie. Lorsqu'il a pris sa retraite, il est revenu sur l'île avec sa compagne. Nous avons vite sympathisé, mon mari et lui s'appréciaient énormément. Il a un caractère bien trempé, a un avis sur tout, s'enflamme vite dans la conversation.
C'est un original, marin dans l'âme, jaloux de sa solitude qu'il ne partageait qu'épisodiquement avec sa compagne de l'époque.

Jacques, c'est mon île, c'est le copain des rencontres festives et l'ami des mauvais jours , c'est la complicité, les discussions sans fin où nous nous écharpons de bon cœur car nous ne sommes jamais d'accord, c'est l'entr'aide, la main tendue.

jacques_1.jpg, nov. 2020

Un an environ après le décès de mon mari, il avait une nouvelle compagne, à l'occasion d'un séjour hivernal elle se tenait sur la réserve, un peu distante, puis m'a finalement avoué:
"Vous savez, il me parlait si souvent de vous. Quand au téléphone, il me disait - Ce soir, je dîne avec Annie - ....J'étais franchement jalouse, je me demandais ce que vous étiez pour lui…"
Je m'entends bien avec elle, maintenant, j'ai appris à la connaître et elle n'est plus jalouse!
Mais les moments les plus précieux que nous passons ensemble avec Jacques, c'est lorsqu'il est seul sur l'île et que nous nous rencontrons autour d'une bonne bouteille et que les heures s'égrènent au fil des échanges enflammés.

C'est Jacques qui m'a initiée à la pêche sur son bateau.
Il m'appelle au téléphone, "la mer est bonne, tu viens? " Nous nous retrouvons alors pour des moments privilégiés que nous passons le plus souvent en silence, savourant l'un et l'autre la liberté d'être en mer, la beauté qui nous est offerte.

jacques_3.jpg, nov. 2020

Quand ma fille aînée a fait sa connaissance, elle m'a dit: "Tu sais, Jacques, il me fait penser à Grand-Papa…" et c'est vrai qu'il a beaucoup de points communs avec mon père, je pense que cela compte pour beaucoup dans l'affection que j'ai pour lui.

jacques_0.jpg, nov. 2020

Heureusement qu'il ne lira jamais cela!

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